Sac de mots

ll faut que je note ça tout de suite…

Dédicace…

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La voiture se mit à vrombir d’une manière étrange alors que Marie n’était qu’à mi-chemin.

– Ah non ! pas aujourd’hui, tu ne peux pas me lâcher maintenant sur ce coup là. Tu roules depuis 10 ans, pour des raisons bien plus médiocres, sans même hoqueter…

Marie avait du être persuasive. Le tacot tourna rond jusqu’à bon port. Avant d’atteindre la petite rue piétonne qui serpentait au dessus du front de mer, il lui fallut encore trouver une place non estampillée « fourrière potentielle ». Ce qui relève de la prouesse, en plein mois d’août, au coeur d’une station balnéaire réputée. Les dieux étaient avec Marie. Après un créneau bien négocié, elle caressa le capot encore chaud pour remercier la mécanique de lui avoir obéi. Alors seulement, submergée par l’angoisse, elle observa l’agitation de la rue bondée. Des touristes déambulaient tous azimuts, les bras chargés de paniers. La foule la terrifia. Certains élégants avançaient, méprisants. Plus loin des familles modestes comptaient ensemble leur monnaie.

– Non les enfants, je ne peux pas vous offrir de glace, regrettait un papa…

D’un pas emprunté, quelle idée d’avoir choisi des chaussures à talon, Marie eut brutalement une douleur abdominale fulgurante. La douleur, un noeud, remonta vers le haut de son corps. Elle continua à marcher, oppressée, la respiration courte. Ses jambes flageolantes l’amenèrent jusqu’à la devanture de la librairie « Le Point Insolite ». Un endroit comme on n’en trouve presque plus. Une vraie librairie qui sent l’encre et le papier, et dont la devanture, non rénovée depuis longtemps, impose le poids des phrases, lues à travers ses vitres marquées de bulles.

Le coeur battant la chamade elle poussa la porte en évitant de poser son regard sur les affiches barrées de rouge qui indiquaient « dédicace de l’auteur ». Elle resta un instant seule. Pour se donner du courage, elle toucha instinctivement le livre des pensées du Dalaï Lama, qui ne quittait jamais son sac immense, dont le poids se voulait solidaire des cartables trop lourds des collégiens.

– Bonjour, dit une petite voix qui semblait sortir des livres.

– Bonjour.

– Je vous remercie sincèrement d’avoir fait tous ces kilomètres pour venir. J’ai lu votre livre et je l’ai trouvé très « sympa ». Vous voulez un café ?

– Oui. Merci.

Incapable de desserrer ses mâchoires, Marie se maudit de ne pouvoir répondre de manière plus agréable à cette personne qui avait installé une belle table, jonchée de son roman, par ailleurs mis en valeur dans la vitrine.

– C’est amusant, s’exclama la libraire, en déposant deux cafés sur la « table au roman », vous êtes différente de la photo. Je vous préfère ainsi.

– J’ai attaché mes cheveux, bredouilla Marie pour toute réponse.

– Mais asseyez-vous, je vous en prie, dit la jeune femme en désignant un large fauteuil derrière la table. Vous aimez la manière dont j’ai installé ?

– Oui. Merci beaucoup.

– Vous savez, j’ai l’habitude d’organiser ce genre de séance avec de nombreux auteurs de la région. J’aime cette partie de mon métier. Vous êtes tous tellement différents les uns des autres.

Marie, en proie au trac, n’arrivait pas à se détendre. Les premiers curieux avançaient, il était trop tard pour courir, surtout équipée de chaussures à talons…

Alors, elle sourit à tous ceux qui entrèrent. Puis elle réalisa que certains étaient encore plus intimidés qu’elle. Un homme d’une cinquantaine d’année, s’approcha de la table et se racla la gorge en précisant que sa fille s’appelait Caroline. Le stylo tremblant Marie inscrivit sur la page blanche qui suivait la couverture « pour Caroline, bonne lecture, amitiés ». Elle du forcer sur son poignet, ressoudé mais toujours douloureux, pour offrir à cet inconnu une signature lisible. Ravi l’homme partit régler son achat.

– Ma fille sera ravie ajouta-t-il en quittant la librairie.

Puis ce fut le tour de Fadila, Angélina, Eloïse, Marie-Dominque, France…

– Six ventes en deux heures, c’est génial pour une première fois, se réjouit la libraire. On déjeune ensemble.

– Oui, répondit Marie, enfin détendue…

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