Sac de mots

ll faut que je note ça tout de suite…

La saison des brocantes


Sur un plateau

C’est une étrange promenade de printemps que de fureter seul, au cœur d’une brocante, le nez au soleil, les oreilles volontairement obstruées par une ballade aux accents nostalgiques.

De table en table, l’intimité de vies passées se trouve exposée aux yeux de tous dans une outrancière indécence.

Le grand-père qui peignait patiemment soir après soir ces toiles naïves, presque enfantines, pour dégourdir ses mains habituées aux travaux des champs, aurait-il accepté de voir son jardin secret étalé sur le bitume ? Triste muséographie…

Près des peintures, sur un portant, les vêtements du dimanche de la grand-mère, ceux dont elle prenait jalousement soin, oscillent sous le vent léger. Une odeur de naphtaline s’échappe des housses abandonnées au pied de ce curieux étal. Cinq euros la robe aux motifs surannés, dix euros le tableau fané, inestimable, le prix de la pudeur bafouée…

Un collectionneur repenti exhibe une série de sacs, sacoches et malles de cuir épais, a-t-il dilapidé sa fortune en accessoires destinés aux voyages qu’il rêvait de faire ?

Plus contemporain, un vendeur d’automobiles s’active autour d’un petit modèle citadin en vantant la machine comme s’il s’agissait d’une grosse cylindrée. Un attroupement se crée, bonne nouvelle pour celui qui transpire dix mètres plus loin derrière les machines à gaufres. Les déçus de la voiture se consoleront en commandant une double dose de chocolat sur le quatre-heures dont l’odeur chasse celle de la naphtaline.

Une rangée de bicyclettes, alignées dans le sens du départ de la plus petite à la plus grande, attendent le cycliste.

Sur une couverture, pèle-mêle, des peluches à adopter, des voitures, des jeux de société, des poupées aux yeux tristes semblent se demander si par chance quelqu’un jouera encore avec elles, un euro l’objet, un dernier euro symbolique avant le rebut. Pourtant, combien de regards se sont-ils illuminés, lors de Noëls douillets en ouvrant les emballages entourés de bolduc de ces vestiges d’une enfance passée.

Un bateau qui ne flotte plus est à vendre en pièces détachées.

Une dernière table semble avoir été dressée pour le dîner, assiettes ébréchées, théière rococo, tasses poussiéreuses, couverts à la mince pellicule argentée écaillée. Sont-ce les ruines d’une liste d’un mariage consommé ?

Une vie pour accumuler, une vie pour se débarrasser de tous ces objets qui ont cessé d’être utiles ou dans l’air du temps. Les acheteurs se pressent, s’emparent d’un passé qu’ils leur reste à réinventer. Les vendeurs s’en vont allégés, riches de quelques deniers pour s’accaparer de nouveaux trophées.

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Cette entrée a été publiée le 21 avril 2013 par dans Humeur du jour, et est taguée , , .

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