Sac de mots

ll faut que je note ça tout de suite…

Souvenirs d’Inde


Contexte du voyage

Nous sommes en novembre 2008, l’école-atelier Ruda Béjart de Lausanne, dirigée par Michel Gascard, foule le sol de l’Inde. Un voyage initiatique d’une importance capitale, tant pour les élèves que pour leurs enseignants, quant on sait l’attachement qu’éprouvait Maurice Béjart pour cette contrée, riche d’enseignements pour qui sait écouter les battements de son coeur. Issu de notes griffonnées à la hâte entre Jaïpur et Delhi, le présent récit se propose d’en livrer un souvenir en adéquation avec la démarche artistique de ce séjour d’échanges. Il est composé de fragments de vie, touches impressionnistes d’une toile colorée et vivante, à l’image de la mère des mères, à l’image de la communication possible entre les êtres humains par le langage de l’art.

C‘est à l’occasion de la 24ème édition du Forum International Médias Nord Sud, initié par Neel et Jean-Philippe Rapp, tous deux biens connus des médias suisses, que l’école-atelier Rudra Béjart a porté haut les couleurs helvétiques. Pour mémoire, le Forum International Médias Nord Sud est un événement important dont l’engagement premier repose sur la sensibilisation aux grands enjeux du futur. Ainsi, par le biais d’expositions, de conférences, de colloques, la réalisation d’émissions de radio et télévision, une multitude d’éléments de comparaison ou de synergies « nord sud » sont mises en évidence. Un même thème fait l’objet d’une étude sur deux ans. Le thème 2007, traité à Genève, l’inde, future puissance mondiale a ainsi été approfondi à Jaïpur, puis Delhi en 2008.

Une démarche relayée par la confédération Suisse et l’Ambassade de Suisse à Delhi, dans le cadre de la célébration du 60ème anniversaire du Traité d’Amitié entre l’Inde et la Suisse.

La place de Rudra dans cette aventure

Elèves et enseignants de L’école-atelier Rudra Béjart ont vécu en Inde des moments de travail intense et des rencontres exaltantes avec les écoles indiennes traditionnelles dans le berceau de l’art et de la culture védique. Le forum s’est ouvert à Jaïpur par quatre jours d’études et d’échanges entre les plus grandes écoles de musique et de danse indiennes (écoles de danse Kalakshetra et Kuchipudi de Madras, Kalari-Paytum du Kerala, traditions musicales millénaires des nomades du nord de l’Inde) et les professeurs de renommée mondiale de l’école-atelier Rudra Béjart (danse classique, danse moderne, Kendo, musique et chant). C’est au prix d’une pratique journalière de ces arts que Maîtres et élèves sont amenés à développer et échanger leurs connaissances.

« L’idée du métissage dans l’art n’est pas de diluer les valeurs mais au contraire de valoriser chaque identité en lui donnant une place authentique. « 

Michel Gascard

La nuit du 21 au 22 novembre, dans les locaux de l’ambassade de Suisse à Delhi, un spectacle d’unité artistique Orient-Occident a marqué  la commémoration de deux événements importants en premier lieu le 60ème anniversaire du traité d’amitié entre l’Inde et la Suisse, puis les regards se sont tournés vers l’horizon, pour commémorer la date anniversaire de la disparition de Maurice Béjart… Le spectacle de Delhi se voulant un reflet du cheminement des rencontres de Jaïpur.

Mais au fait ? Qu’est-ce que je fais là ?

J’ai l’immense honneur (bonheur) d’être invitée à suivre ce périple en qualité de « chargée de mettre des mots » sur cette fabuleuse aventure…

Depuis l’Europe, l’Inde fait mal aux bras. Mal comme le liquide des vaccins obligatoires…

Sur une planisphère l’Inde ressemble à un losange, rapidement dessiné entre la Chine et l’Afghanistan, qui s’étire sur la mer. Sur mon passeport ses portes s’ouvrent avec un nouveau visa.

Dans mon coeur, elle représente l’ultime aboutissement de la spiritualité humaine. La terre où toutes les religions sont ancrées, trouvent un berceau, se renforcent.

J’ai le trac, habituée des musées pour lesquels je travaille, je fréquente assidûment les Rodin, corps parfaits immobiles, mais qui sont les danseurs ? Ces Rodin vivants ?

Rattrapée par l’appel du sac à dos, je me poserai les questions d’usage plus tard… Go ! En route pour l’aventure ! C’est dans l’état d’esprit d’une petite souris occidentale bravant sa peur des éléphants, que je me suis glissée « dans les malles » de l’école-atelier Rudra Béjart de Lausanne. Je les ai suivis au quotidien dans leur périple indien sur les scènes de Jaïpur et New Delhi.

J’ai une belle histoire d’amour à vous raconter. Comme toutes les belles histoires, elle commence par…

Il était une fois…

Un artiste d’occident, danseur talentueux, généreux, l’artiste était triste. Son mentor l’avait quitté pour rejoindre les étoiles. Un jour son téléphone portable se mit à tinter dans sa poche, c’est un conte du XXIème siècle que je vous narre !

« Oui ! mille et une fois oui ! »

répondit l’artiste à celui qui venait de lui proposer d’emmener les danseurs de son école en Inde.

L’artiste se nomme Michel Gascard, toute sa vie c’est la danse, son école c’est la vie, sa salle de classe c’est le monde…

Et quand il vous raconte une histoire, croyez-moi, on l’écoute jusqu’au bout. Conteur, il vous emmène à travers ses mots, d’une grande sensibilité, sur un terrain où l’amour est roi. Amour de la danse, amour de son prochain, amour de la vie et de ses rencontres. Il ne s’agit pas de tomber dans une mièvrerie insipide créée pour les vendeurs de mouchoirs en papier, mais de toucher votre coeur, peut-être le seul organe du corps humain qui sache danser sans jamais avoir appris.

Si Michel demeure profondément touché par la disparition de Maurice Béjart, son actuelle préoccupation est de faire perdurer son école dont il assure la direction depuis 1993 après avoir été danseur professionnel du Béjart Ballet pendant 23 ans.

Mais reprenons le fil du conte… L’artiste, sous le charme ne pouvait lâcher son téléphone, était ce vraiment par le biais de cet objet sophistiqué qu’une telle nouvelle venait de lui parvenir ?

Avec frénésie, l’artiste, se mit esquisser les contours d’une toile moderne. Une juxtaposition de particules envahit sa feuille blanche. Le croquis achevé, il fit le rêve de lui donner des couleurs… Son âme entière fut obnubilée nuit et jour par ce dessin, dessein ? Jusqu’au matin fabuleux où il foula la terre sacrée. Une touche d’enchantement s’est chargée de magnifier la fin du conte… De pures couleurs, disposées en camaïeu, ou obéissant à de forts contrastes s’échappèrent de tubes célestes. Ses pinceaux prirent vie et les pigments précieux qu’il avait appelés de tout son coeur, touche par touche, tout en finesse et en nuances se sont retrouvés, naturellement. Depuis, au pays des mille et une nuits, une toile scintillante murmure une évidence : comme les arbres renaissent au printemps, comme les musiciens classiques étudient le répertoire de Mozart, comme les peintres s’inspirent de la « révolution » de Picasso, comme les écrivains relisent inlassablement Victor Hugo, les danseurs font leur gammes sur les chorégraphies de Béjart…

Par le biais de rencontres entre musiciens du Rajasthan, maîtres de danse indiens, maîtres d’arts martiaux ancestraux et danseurs occidentaux, une histoire de fraternité et de paix comme les médias nous en relatent trop peu a animé le nord de l’Inde. Loin des préoccupations politiques, économiques ou religieuses, l’art est un vecteur de compréhension entre les humains, quelle que soit leur culture, un terrain de liberté qui se trouve magnifié par la pluralité… Une allégorie de ce que nous pourrions faire de nos vies si nos coeurs dansaient plus souvent.

Instantanés

New Delhi, 16 novembre, 1 heure du matin

La nuit exacerbe les sensations. Un brouillard opaque nimbe les abords de la zone aéroportuaire d’un halo magique. L’odeur du brouillard ne laisse aucun doute sur sa nature, c’est une pollution intense, oppressante, proche de l’irrespirable. La température est encore très chaude pour cette heure avancée de la nuit.

Notre groupe de 50 personnes se lance dans une étrange chorégraphie aux allures de rituel. Le mouvement consiste à faire danser au dessus des têtes et autour des corps des aérosols rouges ondoyants. Halte aux moustiques, tel pourrait être le titre du premier spectacle donné en Inde par l’école Rudra.

L’aéroport, zone neutre, internationale, cosmopolite, se termine par un long couloir. Les couleurs de l’Inde sont à la sortie. Avant de rejoindre Jaïpur, au terme de 5 longues heures de trajet en bus, nous respirons avidement l’odeur capiteuse des colliers d’oeillets d’Inde oranges dont nous venons d’être parés. Mains jointes, nous remercions nos hôtes. L’unique chauve souris qui virevolte au dessus de nos têtes n’élime pas les nuées de moustiques…

La route chaotique livre les premières visions d’un pays où l’humain est légion. Le trafic, une cohorte de camions trop chargés au décor kitsch, s’organise au rythme des avertisseurs sonores. « Horn Please » est inscrit à l’arrière des poids lourds.

Le long de la chaussée, des silhouettes, drapées de lourdes couvertures, déambulent pour échapper au froid de la nuit. De loin en loin des préaux chancelants abritent des corps emmitouflés. Certains sont rassemblés autour d’un feu.

Tracteurs aux remorques chargées, vaches, chameaux, singes, éléphants, deux-roues se partagent l’espace. Des enfants déambulent sur les bas-côtés, jeunes, seuls. Des saris aux couleurs chatoyantes ponctuent le décor irréel.

Jaïpur, 16 novembre, 8 heures 30

La vieille ville rose et sale s’agite avec la frénésie que lui confère sa position géographique de dernier centre de vie avant le désert. Paroxysme de deux ressentis forts, au sol s’étalent la misère et les détritus, au ciel les dômes des palais roses pointent leur dentelles irréelles sur le fond bleu. Jamais la vie ne semble cesser ici.

Jaïpur, 17 novembre, 7 heures

Les yeux sont vagues et les gestes lents à l’aube. Les épices partent à l’assaut de nos papilles gustatives autour d’un petit déjeuner inhabituel. Sous l’oeil des caméras de la télévision suisse romande les élèves de Rudra embarquent à bord du bus qui les dépose au centre culturel Jawahar Kala Kendra de Jaïpur pour une longue journée studieuse. Après un changement de tenue au coeur d’un vestiaire improvisé. Les rencontres de Jaïpur peuvent commencer.

Jaïpur, 18 novembre, 15 heures

Le soleil brûle les danseurs qui répètent. De l’eau, de la crème solaire, quelques fruits et beaucoup de courage leur permettent de renouveler leurs mouvements pour atteindre la perfection que l’on attend d’eux. Entre sensualité et pudeur, sculpture et mouvement, abandon et maîtrise, incarnations de différentes nationalités, ils occupent la scène, tels les notes de musique d’une composition, fixées sur une portée pour l’éternité. Blanche, noire, croche, double croche, autant de mouvements potentiels, prélude en corps majeur d’une vibration contemporaine, qui rend palpable la frontière entre l’inertie et le mouvement perpétuel. Le métissage culturel souhaité par les organisateurs du forum est en place. La cohabitation entre les traditions musicales ancestrales des nomades du nord de l’Inde, l’art martial du karali-payatum, les danses kushipudi et kalakshetra, la danse classique, la danse moderne, les chants lyriques, Vivaldi et Hugues Le Bars prend forme…

Jaïpur, 19 novembre, 19 heures

Shiva a reçu son offrande, les musiciens sont en place. Le public se presse autour de la scène. Symphonie, tableau cubiste, sculpture ? Avez-vous déjà écouté Vivaldi, au clair de lune, dans le tumulte d’une nuit fraîche à Jaïpur ? Pour apprécier le goût épicé de cette expérience, il faut la vivre sans penser à recréer une atmosphère occidentale. Alors Vivaldi remplit votre vie au coeur d’un décor surréaliste.

Jaïpur, 20 novembre, 19 heures

La dernière représentation va débuter, nous sommes déjà presque nostalgiques. Le public aussi. Les danseurs manqueront à Jaïpur. Jaïpur manquera aux danseurs. Proche des coulisses, j’entends les coeurs qui battent à tout rompre. Le spectacle de ce soir est la répétition générale de celui qui sera donné demain à Delhi. Un véritable triomphe salue la fin du spectacle.

Delhi, 21 novembre, 11 heures

Une sensation aseptisée se dégage du quartier chic des ambassades. Ce « ghetto riche », soigneusement enclavé au coeur d’un pays si plein de contrastes, me choque.

Les élèves, accompagnés des musiciens du Rajasthan, des maîtres de danse indiens et d’arts martiaux découvrent les jardins de l’ambassade de Suisse. La tristesse des adieux à Jaïpur s’estompe un peu à la découverte des loges « avec miroirs et sièges !» s’exclament les filles enthousiastes. Quelques longueurs dans la piscine suffisent à faire oublier momentanément la pression qui monte.

Les dures journées de cours en plein soleil à Jaïpur ont laissé quelques traces de fatigue. Les représentations nocturnes, bien que saluées chaque soir par un public conquis, élogieusement relayées par la presse et la télévision nationale indienne, ne préservent pas les danseurs du trac. Ce soir un public d’officiels reste à conquérir. L’instant est d’une importance capitale. Le moment d’offrir le spectacle n’est plus qu’à une poignée d’heures… La représentation débute, le public est sous le charme mais ignore encore que le meilleur reste à venir.

Delhi, 21 novembre, minuit

Un an plus tôt, Maurice Béjart s’engageait sur le chemin de l’école buissonnière. Michel dispose au pied de la scène les fauteuils des officiels, l’heure n’est plus au protocole, il est temps d’offrir au public, les yeux tournés vers le ciel, un vibrant hommage à une étoile. Michel distribue une dernière fois les rôles des cinq éléments, la terre, l’eau, l’air, le feu, l’éther… Une improvisation s’engage entre les danseurs, les musiciens du Rajasthan, la pianiste de l’école Rudra, les maîtres d’arts martiaux… Leurs talents conjugués réchauffent l’air frais de cette nuit magique. Michel retrouve ses gestes, devant ses élèves, il dévoile son talent de danseur… Une boule d’énergie s’envole. La magie de l’Orient, transcende celle de l’Occident, ou peut-être est-ce l’inverse, mais cela importe peu. Libérée, la quintessence de l’humanité s’exprime librement, se divise, se multiplie sans jamais se mêler. Maurice a reçu le message, les artistes sont en larmes.

Au bord de la scène le public applaudit.

Complices, Savitri, Azari, Tancrédo et Olivier regardent les étoiles.

Les larmes me submergent sans crier gare ! Ainsi, là était le but du voyage…

Demain c’est journée « off » ! Les artistes se réjouissent.

Delhi, 22 novembre, 16 heures

Comme pour fixer à jamais le souvenir de son entrée époustouflante dans ce pays, Rudra, lors d’une balade, franchit la Porte de l’Inde, arc de triomphe rose situé au coeur de Delhi. Je les ai vu danser et chanter jusque dans une échoppe, au coeur d’un marché animé, créant autour d’eux un attroupement bienveillant.

Delhi, 23 novembre, 2 heures du matin

Un avion décolle.

La semaine suivante des attentats on ensanglanté Bombay…

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Louis Aragon

Epilogue

Quelques jours de repos plus tard, de retour à Lausanne, élèves et professeurs ont repris le chemin de l’école. Première et seconde année sont à nouveau répartis en deux groupes, mais les rencontres de Jaïpur demeurent dans tous les coeurs. Les cours reprennent dispensés par des professeurs de renommée mondiale : danse classique avec Azari Plissetsky, du théâtre du Bolshoï, danse moderne avec Tancredo Tavares de l’école Martha Grahamm de New York. Anne Vadagnin les accompagne au piano. Olivier Perrenoud, 5ème dan de kendo, partage sa maîtrise exceptionnelle. Ses interventions apportent une autre approche de la vie par le biais des arts martiaux. Il ne manque qu’un rayon de soleil si bien incarné par Savitri Naïr lorsqu’elle anime ses stages de danse indienne à Lausanne… Ceux qui connaissent les mudras danseront longtemps !

Michel, court, supervise, apporte de précieuses corrections pour que l’école garde le sens que Maurice Béjart lui avait donné.

A vivre à leurs côté 10 jours durant, j’en avais presque oublié à quel point ils sont tous de prestigieux techniciens de leur art. Ils m’ont inspiré une conclusion : technique sans âme n’est que ruine de l’art.

Depuis, l’école a accueilli de nouvelles générations de « rudristes », les prochaines auditions pour intégrer l’école auront lieu le 31 mars et le 1er avril 2012.

Merci…

• aux jeunes danseurs, pour leur énergie communicative,

• à Michel Gascard & Valérie Lacaze d’avoir cru en moi pour cette mission,

• à Savitri Naïr qui fut pour moi un si précieux guide,

• à Pierre Landolt,

• à Jean-Philippe et Neel Rapp, organisateurs du Forum Médias Nord Sud,

Petit mémo humoristique des constats du quotidien, pour ne pas oublier que les voyages forment la jeunesse…

Pour les femmes, évitez de fumer dans la rue ! Les indiens d’un certain âge sont accrochés à ces images des années 40, qui mettent en scène des femmes occidentales fumant de manière provocante avec un long fume-cigarettes, remarques et regards obliques assurés !

Ne louez pas de voiture si vous êtes malentendant ! La circulation s’organise à grands coups d’avertisseurs sonores en dépit de la signalisation routière. Il est fréquent d’avoir à se frayer un passage entre 4 ou 5 véhicules, y compris chameaux, éléphants et piétons, sur un tracé de deux voies…

Dans les lieux d’aisance, n’oubliez pas votre papier hygiénique. La coutume locale consiste à utiliser de l’eau…

Ne marchez pas sur les trottoirs, en particulier à Jaïpur, les murs qui les bordent tiennent office d’urinoirs… L’odeur y est insoutenable.

Adaptez votre anglais à la prononciation du Rajasthan, en roulant les R, ou investissez dans l’imagier « G pas les mots » édité par le guide du routard !

Tous droits réservés (texte et illustrations©)

(Extraits du carnet de voyage initialement publié dans les colonnes du magazine Comme une culture)

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Cette entrée a été publiée le 9 février 2012 par dans Voyages, et est taguée , , .
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